mars 1956 /La Tunisie retrouve son indépendance20

Le 20 mars 1956, la France met fin à son protectorat sur la Tunisie. C’est l’aboutissement des revendications menées par le Destour, un parti fondé en 1920 par le cheikh Talhabi, et plus encore le Néo-Destour, un parti indépendantiste plus radical que le précédent, fondé en 1934 par Habib Bourguiba. Celui-ci avait été aussitôt arrêté mais relâché deux ans plus tard par le gouvernement de Léon. Accession pacifique à l’indépendance Dès le milieu du XIXe siècle, la Tunisie, beylicat autonome de l’empire ottoman, avait connu une modernisation sans équivalent dans le monde arabe. Elle avait été le premier pays musulman à abolir l’esclavage et se doter d’une Constitution. Mais les financiers occidentaux avaient conduit le bey à s’endetter outre-mesure, l’obligeant à se placer sous le protectorat de la France. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en novembre 1942, la Tunisie est occupée par la Wehrmacht en réplique au débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord mais les Allemands doivent évacuer le pays dès le 13 mai 1943 et dès le 27 mars 1944, le général de Gaulle rétablit par décret l’ancien protectorat. La déception est grande chez Bourguiba et ses partisans qui se lancent dans des actions violentes contre les autorités françaises. Bourguiba est arrêté une nouvelle fois par le résident général Jean de Hauteclocque en janvier 1953 cependant que se multiplient les actes terroristes. Là-dessus, coup de théâtre. Le 31 juillet 1954, le président du Conseil Pierre Mendès France se rend à Tunis et, par son « discours de Carthage », reconnaît l’autonomie interne de la Tunisie, premier pas vers l’indépendance, qui intervient près de deux ans plus tard (entre temps, une guerre d’indépendance cruelle a éclaté dans l’Algérie voisine). Dans le mois qui suit, le Néo-Destour s’assure une majorité écrasante aux élections. Son chef Bourguiba, devenu le chef du gouvernement, abolit le beylicat et proclame la République le 25 juillet 1957. Modernisation à la hussarde Le coup d’État de Bourguiba intervient au paroxysme de la guerre d’Algérie. Le 13 février 1958, l’aviation française bombarde une base arrière du FLN à Sakiet, en Tunisie. Il s’ensuit une grave tension internationale et des combats entre soldats tunisiens et français qui vont conduire à Paris au retour au pouvoir du général de Gaulle. Bourguiba obtient de la France qu’elle renonce en 1963 à sa base militaire de Bizerte, au nord de Tunis. L’année suivante, il nationalise les terres des étrangers, essentiellement des anciens colons français. C’en est bien fini du protectorat. Grisé par l’idéologie socialiste comme la plupart des chefs d’État du tiers-monde de son époque, Bourguiba entreprend une socialisation de l’économie mais, confronté à de fortes résistances et à des échecs cuisants, il en revient dès 1969 et renoue alors avec un libéralisme modéré. De la même façon, il se rapproche du camp occidental et pro-américain dans la guerre froide qui perdure entre Américains et Soviétiques. Plus important, le « Père de l’indépendance » poursuit l’effort d’éducation déjà bien engagé sous le protectorat, qui fait de la jeunesse tunisienne la mieux formée, et de loin, du Maghreb (l’ancienne Afrique du Nord française). Il engage aussi son pays dans une voie laïque modérée inspirée de Kémal Ataturk. C’est ainsi qu’il proscrit la polygamie, le voile et la répudiation. Il instaure un code civil en remplacement du code coranique. Il convainc aussi ses concitoyens que le travail et la lutte contre le sous-développement sont une forme de djihad (« guerre sainte ») et, à ce titre, dispensent leurs acteurs du jeûne très contraignant du Ramadan. Joignant le geste à la parole, il boit un verre d’eau pendant le mois du jeûne, en plein jour. Par la modernisation et la laïcité, la Tunisie a occupé jusqu’en ce début du XXIe siècle une place particulière au sein du monde arabe, avant qu’elle ne soit doublement compromise par le pouvoir personnel de Ben Ali et la révolution qui y a mis fin

FG

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