Hanane Charrihi : “Nous diviser, c’est exactement ce que veut Daech”

Hanane Charrihi : “Nous diviser, c’est exactement ce que veut Daech” Sa mère a été tuée à Nice le 14 juillet. Insultée lors d’un rassemblement en hommage aux victimes parce qu’elle porte le foulard, Hanane Charrihi veut témoigner

La claque est venue le jour d’un grand rassemblement organisé à Nice à la mémoire des 86 victimes. Hanane Charrihi est en deuil. Sa mère Fatima a été tuée dans l’attaque. Un attentat revendiqué par le groupe État islamique. « On ne veut plus de vous ici », « Bande de terroristes », « cassez-vous »… Qu’importe si sa mère fait partie des victimes. « Tant mieux ! Ça en fait une de moins », lui lance un passant. « J’avais la gorge serrée. On s’attendait à des petites phrases comme ça, mais devant un mémorial avec des fleurs, en mode recueillement, on prend une gifle », raconte Hanane Charrihi. La jeune femme de 27 ans, qui a créé une association, publie Ma mère patrie. Un livre pour raconter « l’islam de paix, de respect et de tolérance » que sa mère Fatima lui a enseigné, et affirmer haut et fort : « Ma mère n’est pas coupable. Ce n’est pas une terroriste. » « Double peine » Fille de Marocains arrivés en France dans les années 1970, elle ne s’était « jamais sentie exclue » dans le quartier où elle a grandi sur les hauteurs de Nice. En région parisienne, où elle vit depuis son mariage il y a sept ans, elle ne se sentait pas non plus ostracisée à cause de son voile. Certes, il y avait des regards, notamment quand elle va à Paris, mais c’était « de la curiosité plus que de la méchanceté ». Selon elle, depuis le premier des attentats djihadistes ayant frappé la France, le 7 janvier 2015, contre le journal satirique Charlie Hebdo, la situation s’est tendue pour les musulmans, et notamment pour les femmes qui, comme elle, portent le foulard. Désormais, pour elle, c’est « la double peine » : « La peur de Daech comme tout le monde, mais, en plus, la peur des racistes. » « Quand je prends le métro à Paris, je ne me mets pas au bord du quai, j’ai trop peur qu’on me pousse. Je mentirais si je disais que je n’ai pas peur », confie la jeune femme aux yeux noirs autour d’un verre de thé, dans son appartement d’Aulnay-sous-Bois, près de Paris. Hanane Charrihi pense que les politiques ont une « responsabilité énorme » dans l’amalgame fait entre musulmans et terroristes, elle voit une forme d’« acharnement » contre sa communauté dans les discours politiques avant la présidentielle. « C’est le turbo de la course à l’Élysée. Si on met un peu d’islam dans sa voiture, elle avance plus vite. C’est logique parce que tout le monde a peur de Daech. » Elle regrette aussi que les médias se focalisent sur une minorité qui « ne représente pas les musulmans de France dans leur ensemble ». « Ils interrogent des imbéciles de 16 ans qui racontent n’importe quoi. Pourquoi ils ne montrent pas les jeunes qui ont fait leurs études islamiques en France, les imams de la République ? » s’interroge cette mère de deux petits garçons. Nous diviser, c’est exactement ce que veut Daech Pour lutter « contre les amalgames », cette préparatrice en pharmacie devenue mère au foyer à la naissance de son premier enfant a choisi de prendre la parole. Dans Ma mère patrie, elle crie son amour à la France. Un attachement transmis par sa mère, qui voulait qu’elle « trouve sa place dans la société ». « Ma mère était une bonne Française, même si elle n’était pas née en France et qu’elle n’avait pas la nationalité française », insiste-t-elle. Portée par les centaines de messages de soutien reçus après la mort de sa mère, elle lance une association avec son frère Ali et sa sœur Latifa pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la radicalisation et promouvoir un discours d’union. « J’ai perdu l’être le plus cher, mais ils ne m’ont pas abattue. C’est ma manière de me venger. Nous diviser, c’est exactement ce que veut Daech. »

FG

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